EPISODE 8

« LE PORTEUR ET L’EPEE »

Les Lunes Noires étaient hautes dans le Ciel d’ombres. Leur éclat jaune se diluait dans la nuit en laissant des traînées scintillantes. Quelques étoiles clignaient des sourires cosmiques sur une haleine douce de saison sèche. Des brumes faisaient suer l’air.

Le Porteur huma l’orage à venir. Il allait devoir s’abriter. Lui et son maigre équipage : sa monture, son mince paquetage, de frugales provisions et son bien le plus précieux : l‘Epée.

Il regarda autour de lui : une savane herbeuse habillée de silhouettes mouvantes, trop loin pour être hostiles, quelques arbres robustes aux feuilles chargées de fruits rares, et droit devant, une majestueuse montagne, masse noire compacte baignée de lueurs blafardes. Un bon refuge pour la nuit et pendant la tempête. Assez haute pour être à l’abri, assez loin pour égarer tout curieux – ou tout poursuivant.

Le Porteur s’engagea sur le chemin plongé dans l’obscurité dorée.

L’Epée s’éveilla, gémit, puis se blottit à nouveau dans son fourreau.

La monture, un magnifique destrier-licorne, bondit vers la destination comme portée par des vents magiques. Son fougueux galop chassa les ombres et les herbes ondulèrent.

La pluie se mit alors à tomber. Dense, elle masquait les vapeurs miroitantes qui s’échappaient des Lunes Noires. Le Ciel crachait des rafales diluviennes, giflant les arbustes déhanchés, soulevant de grandes flaques terreuses, générant des crevasses qui se remplissaient d’eau furieuse, pièges vicieux pour quiconque, homme ou bête, assez fou pour se déplacer au milieu de ce cataclysme.

Le Porteur n’avait pas d’autre choix. Il fallait qu’il chevauche sous la submersion. L’Epée l’avait décidé, et, parfaitement consciente dans son écrin ombilical – un objet magique fait de viscères et de cuir – ne cessait de marteler dans l’esprit harassé du Porteur sa prodigieuse injonction.

Depuis toujours, l’Epée était sa souveraine, et lui, son serviteur.

Elle l’avait choisi. Sans elle, il n’était rien.

L’homme sur sa bête fabuleuse qui s’adaptait à l’environnement, traversa l’épaisse intempérie pour filer vers le lointain. Vers le refuge de la Montagne.

L’Epée se retourna dans sa gaine pour manifester sa joie. Malgré les éclairs, le tonnerre, le vent, l’emprise violente de l’eau sur ses vêtements et son corps, le martyre que la pluie infligeait à la terre boueuse, le Porteur l’entendit distinctement glousser. Il avait l’habitude. Lui aussi se mit à rire.

Rien ne comptait plus que leur lien symbiotique.

Le Porteur et l’Epée.

Le Porteur avec l’Epée.

La pluie était une danse frénétique dont la houle acharnée occultait l’éclat morne des Lunes Noires.

La Montagne attendait.

C.K

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