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Reconstruction de Haïti

Yves Corver 20.01.2010, Commentaire(0)

En voyant les multiples reportages sur Haïti, suite au tremblement de terre qui a rasé Port-au-Prince, et surtout en voyant la compétition entre les pays occidentaux pour se faire remarquer de la communauté internationale, je n'ai pu m'empêcher de penser que les Haîtiens risquent encore une fois de perdre le contrôle de leur propre destin.

En effet, ce drame humain est peut-être une 'chance' offerte au peuple Haïtien de reconstruire leur pays selon le rêve de Toussaint Louverture, c'est à dire en toute indépendance, par et pour les Haïtiens. Depuis l'indépendance de la première République Noire, les E-U et la France ont tout fait pour saper le grand projet Haïtien. Et  aujourd'hui, l'un et l'autre prétendent venir en aide aux Haîtiens. Mais sous quelles conditions ? Les E-U vont ils apporter leur aide sans rien attendre en retour. A qui vont revenir les contrats de fournitures de matériels ou de construction, sinon à des grosses sociétés américaines ou européennes ?

Certes l'urgence immédiate est de sauver ceux qui peuvent encore l'être et assurer l'approvisionnement en eau potable et en nourriture de base, ainsi que la sécurité des populations. Mais il existe une autre urgence qui ne doit pas échapper à tous les Haïtiens de bonne volonté. Celle de saisir au plus vite cette opportunité, offerte par cette tragédie, de repartir de zéro.

La première chose à faire, pour cela, est de mettre en place un Comité Haîtien, citoyen, multipartite, pour définir une vraie politique de reconstruction du pays, qui implique la totalité de la population locale, et non seulement les sinistrés de la capitale.

Commencer la reconstruction par les bidonvilles, en remplaçant ces 'cabanes de fortunes' par des maisons en dur et respectant les normes anti-sismiques, en installant de véritables réseaux d'alimentation en eau courante, en électricité et d'évacuation des eaux usées. D'abord, il est plus facile de construire à partir de rien que sur des décombres d'immeubles et de maisons effondrées. Ensuite, cela apporterait une grande masse de travail aux populations de ces zones extra urbaines, tout en leur donnant la fierté d'oeuvrer pour l'avenir de leur pays, eux qui étaient considérés jusque là comme des parias.

Dans un premier temps, une grande partie de ceux qui vivaient avant le séisme dans la capitale, pourront partager les nouveaux logements de leur famille vivant hors de la capitale, renouant ainsi un lien de solidarité.

Parallèlement, le déblaiement des décombres pourraient se faire plus sereinement dans Port-au-Prince. Là encore, il faudrait impliquer la plus grande main d'oeuvre locale possible, qui serait payée par les dons de la communauté internationale. En effet, demander à une population locale très pauvre et démunie de travailler bénévolement ne ferait que l'enfoncer encore plus dans la misère et serait une entrave à la relance économique indispensable dont ce pays a besoin. En dernière étape viendrait la reconstruction de la capitale.

Ainsi, on éviterait de laisser une grande partie de la population Haïtienne à l'écart de la reconstruction du pays. En effet, si l'on consacrait toute l'aide internationale à reconstruire en priorité la capitale, une fois terminée, le grand élan de solidarité, se détournerait de cette partie de la population qui vit depuis des décennies dans le plus profond dénuement. La misère, les émeutes, la violence que connaît ce pays ne cesseraient jamais et Haîti garderait sa place de pays parmi les plus pauvres de la région et du monde.

Ce Comité Haîtien devrait rassembler au plus vite, un bureau composé de responsables politiques, d'intellectuels mais aussi d'ingénieurs, d'architectes, de logisticiens, de sociologues pour mettre au point une stratégie et faire ensuite pression sur la communauté internationale, en commençant part les E-U pour réclamer et obtenir le droit à déterminer la manière d'utiliser les fonds et l'aide internationale.
Recenser les besoins des populations, ville par ville, région par région.
Recenser, grâce aux archives des écoles haîtiennes et des associations professionnelles, tous les spécialistes diplômés de chaque discipline ou de chaque corps de métier. Ceux-ci pourront diriger les équipes des multiples chantiers de construction. Il y a sûrement de quoi mettre tout les hommes à contribution pour ces travaux manuels. Terrassiers, maçons, plombiers, électriciens, charpentiers, couvreurs... Ceux qui n'ont aucune formation apprendront sous les ordres des spécialistes.

Enfin, exiger l'annulation intégrale de la dette, pour éviter qu'après cette reconstruction du pays par l'ensemble des Haîtiens, Haïti ne retombe pas dans la spirale de la dépendance financière.

Je sais que la diaspora est très mobilisée. Mais savez-vous s'il existe en Europe ou en France un tel comité de coordination nationale haïtien ? C'est une véritable course contre la montre qui se joue à présent et j'espère que le peuple Haîtien ne laissera pas passer sa chance de réaliser le rêve de Toussaint Louverture.

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